La vente libre des armes de guerre plébiscitée aux US

Article original de Joshua Krause, publié le 12 Décembre 2015 sur le site The Daily Sheeple
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr
 

Fusil d’assaut M4

Peu de temps après la fusillade de San Bernardino, le New York Times a fait un gros coup en postant un éditorial en première page pour la première fois en près de cent ans. L’article est une condamnation cinglante des lois sur les armes de notre pays [les US], ainsi que sur la culture des armes à feu en Amérique. Cependant, leur plaidoyer passionné pour plus de législation sur les armes à feu n’a pas eu l’effet escompté.

Depuis vingt ans, le New York Times a périodiquement interrogé ses lecteurs, en leur demandant s’ils seraient favorables à une interdiction des armes de guerre. Pour la première fois depuis 1995, une majorité de ses lecteurs est opposée à l’interdiction. En janvier 1995, 67% des lecteurs soutenaient l’interdiction, et 27% y étaient opposés. En 2011, il n’y avait qu’un léger changement, avec 63% en faveur et 34% contre. En 2015, on assiste à un retournement spectaculaire avec seulement 44% en faveur d’une interdiction.

… Les citoyens en faveur du contrôle des armes doivent être profondément préoccupés. Si la majorité des lecteurs [du NYT, NdT] plutôt favorables à un gouvernement à l’agonie et en lambeaux, penchant à gauche, ne soutiennent plus une réglementation contraignante sur les armes à feu, il est clair que les abolitionnistes des armes à feu sont en train de perdre la bataille des cœurs et des esprits en Amérique.

Joshua Krause 

La Russie débat d’une alternative financière orthodoxe non orthodoxe

Article original de F. William Engdahl, publié le 22 Novembre 2015 sur le site journal-neo
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

 
Un important débat est en cours en Russie depuis l’imposition des sanctions financières occidentales aux  banques et aux sociétés russes en 2014. Il fait suite à une proposition présentée par le Patriarcat de Moscou de l’Église orthodoxe. La proposition, qui ressemble à bien des égards aux modèles bancaires islamiques sans intérêts, a été dévoilée la première fois en décembre 2014, face à la profondeur de la crise du rouble et au prix du pétrole en chute libre. Depuis août, l’idée a reçu un énorme coup de pouce avec l’approbation de la Chambre de commerce et d’industrie de Russie. Elle pourrait changer l’histoire pour le meilleur selon ce qui en sera fait et où elle conduit.

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Il y a vingt ans, pendant l’ère Eltsine, dans le chaos de l’hyperinflation en Russie suite à la thérapie de choc du FMI, l’Église orthodoxe russe a présenté une proposition alternative pour des services bancaires sans intérêts. Pendant cette période, une tripotée d’économistes russes libéraux, adeptes du marché libre, dans l’entourage de Eltsine, comme Yegor Gaider, ont prévalu. Ils ont livré les actifs de l’État russe au pillage par les banques occidentales, les hedge funds et les corporations.

Lors de ma première visite en Russie, en mai 1994, pour donner une conférence dans un institut économique russe sur la thérapie de choc du FMI, j’ai vu de première main la mafia sans foi ni loi, la mafia Russkaya, fonçant à travers la rue Tverskaya presque vide, près de la Place Rouge dans la nouvelle limousine Mercedes 600 dernier modèle, sans plaques d’immatriculation. Ce fut un temps dévastateur pour la Russie, et Washington et les technocrates du FMI savaient exactement ce qu’ils faisaient en favorisant le chaos.

Les sanctions américaines concentrent l’attention

En 2014, beaucoup de choses ont changé en Russie. Plus important encore, l’engouement qui existait il y a deux décennies pour tout ce qui venait de l’Amérique a naturellement disparu. Les sanctions financières du Trésor américain ont été lancées par étapes en 2014 contre des individus spécifiques autour du président Poutine, puis des banques et des sociétés ciblées dépendant du crédit étranger. Elles ont eu pour effet de forcer un réexamen critique de la part des intellectuels, des représentants du gouvernement russe et du Kremlin lui-même.

Les attaques de Washington, actes de guerre contre une nation souveraine légalement parlant, ont été lancées par le Bureau du Trésor américain sur le terrorisme et le renseignement financier, la seule agence de finances publiques dans le monde ayant son propre service de renseignements. Le Bureau a été créé sous le prétexte d’identifier et de geler les avoirs et les comptes bancaires des cartels de la drogue et des terroristes. C’est une chose pour laquelle cette agence semble étrangement inapte si l’on juge la minceur de leur dossier concernant des groupes comme ISIS ou al-Qaïda en Irak. Elle semble beaucoup mieux s’en sortir concernant des pays indésirables comme l’Iran et la Russie. Elle possède des bureaux dans le monde entier, y compris à Islamabad et à Abu Dhabi.

Ces sanctions financières guerrières du Trésor américain et la perspective d’autres bien pire à venir, ont suscité un profond débat en Russie sur la façon de défendre la nation contre de nouvelles attaques. La vulnérabilité de leur système bancaire aux sanctions occidentales a conduit la Russie, comme la Chine, à développer une version russe interne de paiements interbancaires pour remplacer SWIFT. Maintenant, la nature même de l’argent et son contrôle sont au cœur du débat.

Proposition orthodoxe non-orthodoxe

En janvier 2015, au plus profond de la crise financière, avec un rouble valant la moitié de ce qu’il valait quelques mois plus tôt et des prix du pétrole en chute libre à la suite de l’accord de septembre 2014 entre John Kerry et le Roi Abdallah, le Patriarcat de Moscou a réitéré son idée.

Dmitri Lubomudrov, le conseiller juridique de l’Église orthodoxe, a déclaré aux médias à l’époque: «Nous avons réalisé que nous ne pouvions pas rester dépendants du système financier occidental, mais nous devons développer notre propre système. Comme avec le système islamique, celui, orthodoxe, sera basé non seulement sur la législation, mais aussi sur la moralité orthodoxe, et sera une invitation aux hommes d’affaires en quête de sécurité dans un moment de crise.» Parmi ses caractéristiques, il y aurait l’émission de crédit sans intérêt et l’interdiction des investissements dans les casinos ou dans des activités allant à l’encontre des valeurs morales de l’Église.

Puis au début août de cette année, le plan orthodoxe pour la création d’argent sans intérêt a gagné un soutien supplémentaire majeur. Sergei Katyrin, à la tête de la Chambre de commerce et d’industrie russe, après une rencontre avec Vsevolod Chaplin, un haut clerc orthodoxe supervisant le projet, a annoncé: «La Chambre de commerce et d’industrie soutient la création du système financier orthodoxe […] et elle est prête à fournir sa plate-forme pour une discussion approfondie et professionnelle de ces questions avec les commissions compétentes de la chambre.» La proposition vise à réduire la dépendance de la Russie au système bancaire occidental, une exigence essentielle de sécurité économique nationale.

Tout comme les modèles bancaires islamiques ont interdit l’usure, le système financier orthodoxe ne permettrait pas d’intérêts sur ces prêts. Les participants a ces systèmes partagent les risques, les profits et les pertes. Tout comportement spéculatif est interdit, ainsi que les investissements dans le jeu, la drogue et d’autres entreprises qui ne respectent pas les valeurs chrétiennes orthodoxes. Il y aurait une nouvelle banque ou organisme de crédit à faible risque qui contrôle toutes les transactions des fonds d’investissement ou des sociétés qui investissent à la source et organisent la médiation lors du financement du projet. Cela permettrait d’éviter explicitement des opérations présentant des risques financiers. «La priorité serait d’assurer le financement du secteur réel de l’économie» a déclaré son porte-parole.

Fait intéressant, la plus grand république autonome islamique de la Russie, le Tatarstan, a récemment introduit la banque islamique en Russie pour la première fois et cela a été soutenu positivement par German Gref, PDG de l’entreprise publique Sperbank, la plus grande banque de Russie. En mai dernier, M. Gref a qualifié cela d’instrument très important au vu des problèmes actuels de collecte de fonds sur les marchés internationaux. En juillet, la Sberbank et la République du Tatarstan ont signé un accord sur la coopération dans le domaine de la finance islamique.

Sous le tsar Alexandre III et son ministre des Finances Nicolas Bunge, la Russie a créé la Banque foncière des paysans au début des années 1880 pour accorder des prêts sans intérêts aux paysans qui avaient été libérés du servage en 1861 par son père, Alexandre II, et à qui on avait donné de la terre. La Land Bank a investi dans la modernisation de l’agriculture russe, les agriculteurs ne payant qu’un petit supplément pour la gestion des crédits. Le résultat a été une augmentation spectaculaire de la production du blé russe, et d’autres céréales. La Russie est devenue le grenier à blé du monde jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale, dépassant la production combinée des États-Unis, de l’Argentine et du Canada de quelque 25%.

Les propositions de Glaziev

La nouvelle importance du modèle monétaire orthodoxe dans les discussions russes vient à un moment où l’un des conseillers économiques de Vladimir Poutine, Sergueï Glayzev, la personne conseillant le président sur l’Ukraine ainsi que sur les relations avec les autres membres de l’Union économique eurasienne, a présenté un plan pour renforcer la sécurité économique et financière nationale de la Russie. Cela dans l’hypothèse tout à fait raisonnable que les sanctions financières et maintenant des pressions militaires de la part de Washington et de l’Otan ne soient pas un accident fortuit, mais une stratégie profonde pour affaiblir et détruire économiquement l’une des deux nations qui se dressent sur le chemin d’un Nouvel Ordre Mondial américain globaliste.

En mai 2014, quelques semaines après que l’administration Obama a imposé une série sélectives de sanctions sur des individus russes importants, des banques et des sociétés d’énergie, frappant au cœur de l’économie, Glazyev a donné une interview au journal financier russe Vedomosti dans laquelle il a proposé un certain nombre de mesures défensives prudentes. Parmi celles-ci, il s’en trouvait plusieurs qui sont maintenant la politique officielle. Cela incluait un échange de crédit et de devises avec la Chine pour financer les importations indispensables ; un changement de règlement sur les devises nationales, le rouble et le renmimbi ; la création d’un système russe d’échange d’informations interbancaires analogue à SWIFT pour les paiements et les règlements au sein de l’Union économique eurasienne et d’autres pays partenaires.

Une proposition stratégique de Glazyev pour que l’État impose un moratoire sur toutes les exportations d’or, de métaux précieux et de terres rares, et exige que la Banque centrale achète l’or sur les marché internationaux pour renforcer les réserves de ce métal. Cette dernière proposition a malheureusement été refusée par le Gouverneur de la Banque centrale, Elvira Nabiullina, qui a dit à la Douma: «Nous ne croyons pas qu’un moratoire soit nécessaire sur les exportations d’or. Nous sommes en mesure d’acheter assez d’or pour diversifier nos réserves d’or et de devises

Nabiullina a été critiquée par les membres de la Douma pour d’être beaucoup trop lente dans l’accumulation de réserves d’or pour conforter le rouble. La Russie est aujourd’hui le deuxième plus grand producteur d’or au monde, après la Chine, et la Chine a accumulé au cours des dernières années, via la Banque populaire de Chine, des réserves d’or à un rythme effréné. Les banques centrales occidentales, menées par la Réserve fédérale, depuis que le soutien de l’or pour le dollar a été abandonné en août 1971, ont tout fait, y compris des manipulations de marché, pour décourager dans le monde entier la constitution de réserves d’or en vue d’y adosser des devises.

Plus récemment, le 15 septembre, Glazyev a présenté une nouvelle série de propositions économiques au Conseil de sécurité présidentiel russe pour, comme il le dit lui-même, réduire la vulnérabilité aux sanctions occidentales au cours des cinq prochaines années et préparer les fondations pour une croissance à long terme et la souveraineté économique. Parmi ses propositions, il y avait la création d’un Comité d’État sur la planification stratégique auprès du Président de la Fédération de Russie, et un Comité d’État pour la science et le développement technologique, calqué sur un système créé en Iran dans les années 1990 suite à l’introduction des sanctions occidentales.

La première mesure, la création d’un Comité sur la planification stratégique, fait écho au très réussi modèle français de planification nationale introduit sous la présidence de Charles de Gaulle, qui a été crédité de la transformation de la France, d’une économie largement paysanne stagnante en une nation industrielle avancée moderne et innovante au début des années 1970.

Dans les années 1960, la France a eu un Commissariat général au Plan qui a analysé l’ensemble de l’économie pour identifier les faiblesses critiques nécessitant une attention particulière pour un développement national global. Il devait fixer des objectifs pour les cinq prochaines années. Les membres de la Commission générale étaient des hauts fonctionnaires, des chefs d’entreprise, des syndicats et d’autres groupes représentatifs. Chaque plan proposé était ensuite envoyé au parlement national pour un vote d’approbation ou des amendements.

La différence cruciale entre la planification quinquennale de la France et le modèle soviétique de planification centrale, lui aussi quinquennal, était que le français était indicatif et non impératif comme le fut le plan quinquennal soviétique. Les entreprises privées ou étatiques pouvaient décider librement de se concentrer sur un secteur tel que le développement des chemins de fer, sachant que l’État encouragerait l’investissement avec des incitations fiscales ou des subventions à faible risque pour le rendre attrayant. Cela a été une grande réussite jusqu’au milieu des années 1970, lorsque que, suite aux chocs pétroliers massifs et à l’augmentation des directives réglementaire supra-nationales de Bruxelles, il était devenu de plus en plus difficile à mettre en œuvre.

Il y a d’autres points dans la proposition détaillée de Glazyev. Parmi les plus intéressants, il propose d’utiliser les ressources de la Banque centrale pour fournir des prêts ciblés pour les entreprises et les industries en leur fournissant de faibles taux d’intérêt, entre 1% et 4%, rendus possible par un assouplissement quantitatif [planche à billets, NdT] à hauteur de 20 milliards de roubles sur une période de cinq ans. Le programme suggère également que l’État supporte les entreprises privées au travers de la création d’obligations réciproques pour l’achat de produits et de services à des prix convenus.

La Russie est dans un processus fascinant qui repense chaque aspect de sa survie économique nationale, du fait de la réalité des attaques occidentales. Cela pourrait conduire à une transformation très saine, loin des défauts mortels du modèle financier de libre marché anglo-américain.

F. William Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier, il est titulaire d’un diplôme en politique de l’Université de Princeton et est l’auteur de best-seller sur le pétrole et la géopolitique, exclusivement pour le magazine en ligne http://journal-neo.org.

Note du traducteur

Cet article sur le système financier peut sembler moins sexy que d’autres sur la géopolitique en Syrie, mais je vous conseille quand même une lecture attentive car la guerre financière est au moins aussi violente et elle est surtout décisive pour faire basculer la puissance dans un camp ou l’autre. Au fur et à mesure que la Russie et la Chine découplent leur économie du dollar, c’est autant de moyens de pression qui échappent au système financier anglo-saxon. Il y a clairement une course contre la montre qui est engagée.

On peut faire un parallèle avec les QE aux USA, au Japon ou dans l’Union  européenne, où l’argent s’investit dans les Bourses à des fins spéculatives ou pour créer un effet de richesse psychologique sans impact sur l’économie réelle.
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La remise à zéro globale de l’économie a commencé, place nette au Gouvernement Mondial

Article original de Brandon Smith, publié le 9 Décembre 2015 sur le site alt-market
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Dans mon dernier article, j’ai souligné la tendance délibérée vers une harmonisation forcée des économies nationales et des politiques monétaires, ainsi que l’objectif de la fin ultime des mondialistes : un système unique de monnaie mondiale contrôlée par le Fond monétaire international et, par extension, la gouvernance mondiale, les internationalistes se référant parfois, dans leurs moments publics les plus honnêtes, au nouvel ordre mondial.


Le schéma pour le nouvel ordre mondial, selon les aveux des internationalistes, peut ne pas inclure le maintien de la domination géopolitique et économique par les États-Unis. Le plan, en fait, exige la déstabilisation et la réforme de l’Amérique depuis la matrice de son ancienne gloire. L’élément le plus important de ce plan exige le retrait du dollar américain comme monnaie de réserve mondiale de fait, un changement qui anéantirait notre structure financière actuelle.

J’ai souligné avec des preuves indéniables que les gouvernements principaux, y compris les gouvernements des BRICS à l’Est, sont entièrement en accord avec l’ordre du jour mondialiste. Il n’y a pas moyen de contourner cela ; les BRICS, y compris la Russie et la Chine, ont appelé ouvertement à un système monétaire mondial centralisé et dicté par le FMI à l’aide du panier des DTS. Ce même plan a été présenté il y a plusieurs décennies dans le magazine The Economist appartenant à la famille Rothschild. Nous assistons à la mise en œuvre de ce plan, devant nous, aujourd’hui.

Pendant ces deux dernières années, l’actuelle directrice du FMI, Christine Lagarde, a souvent utilisé l’expression «réinitialisation économique mondiale» dans ses discours et interviews. Il y a certaines ambiguïtés (délibérées) sur cette notion, mais après avoir passé des heures et des heures sur des discussions ennuyeuses et répétitives dans les think tanks mondialistes tels que le Council On Foreign Relations, le message cohérent est assez simple. Si quelqu’un peut se mettre à écouter soigneusement le babillage élaboré de cette femme, plein de demi-vérités, bien ficelé, pendant plus de cinq minutes, je suggère, à ceux d’entre vous qui lisent l’anglais, qu’ils regardent particulièrement ce discours de janvier au CFR (sous-titré) :

Son message sur la réinitialisation économique mondiale est essentiellement celui-ci : la coopération collective ne sera pas seulement encouragée dans le nouvel ordre, elle sera nécessaire, ce qui veut dire la coopération collective de toutes les nations vers le même cadre géopolitique et économique. Si cela ne se fait pas, de gros problèmes budgétaires surgiront et cela entraînera des débordements.

Traduction : en raison de l’interdépendance forcée du mondialisme, une crise dans un pays pourrait provoquer un effet domino de cette même crise dans d’autres pays ; par conséquent, tous les pays et leurs comportements économiques doivent être gérés par une autorité centrale pour empêcher des gouvernements de gaffeurs ou des banques centrales dévoyées de bouleverser l’équilibre.

Il est intéressant de voir comment la réponse du FMI aux défauts de la mondialisation, est encore plus de mondialisation. En d’autres termes, Mme Lagarde pourrait argumenter que nous sommes plongés dans un système international, mais nous ne sommes pas suffisamment centralisés pour qu’un tel système réussisse.

Le FMI souligne à juste titre que la situation économique dans le monde est instable et pourrait tourner une fois de plus au chaos de la période initiale du krach de 2008. La Banque des règlements internationaux (BRI), qui contrôle les banques centrales, a également donné de nombreux avertissements cette année sur le potentiel de catastrophe, y compris dans son dernier rapport trimestriel.

Les avertissements de la BRI en particulier ne doivent pas être pris à la légère (certains analystes en effet les prennent à la légère). La BRI sait exactement quand les catastrophes financières éclatent car elle a dirigé les politiques des banques centrales qui ont provoqué ces mêmes événements. Par exemple, en 2007, la BRI a publié un avertissement qui a parfaitement prédit les éléments de la crise du crédit et des dérivés de 2008.

Ce que ces institutions mondialistes ne vous diront pas de manière directe, ce sont les véritables causes et les motivations de la prochaine étape inévitable dans la destruction en cours du système économique actuel.

La réinitialisation globale n’est pas une réponse au processus d’effondrement, dans lequel nous sommes pris au piège aujourd’hui. Non, la remise à zéro globale réalisée par les banques centrales et la BRI / FMI sont la cause de l’effondrement. L’effondrement est un outil, un lance-flammes pour brûler un grand espace dans la forêt pour faire place aux fondements de la Ziggurat mondialiste qui va être construite. Comme indiqué dans mon dernier article, le désastre économique sert les intérêts des élites.
Quand vous regardez les mesures prises par la Réserve fédérale et le gouvernement des États-Unis en particulier, des questions se posent. Est-ce la stupidité qui les amène à saboter la poule aux œufs d’or ?

Est-ce l’hubris et la cupidité ? Leurs actions sont clairement en train de faciliter un programme d’implosion progressive, mais ils continuent d’ignorer l’évidence. Pourquoi ?

Les personnes qui posent ces questions se basent sur une fausse hypothèse ; elles supposent que les banquiers internationaux et les politiciens fantoches qu’ils contrôlent ont tout intérêt à protéger la longévité des USA. Le fait est qu’ils ne le font pas. Ils n’ont aucune loyauté envers le système américain, et ils ne voient pas les USA comme too big to fail. C’est une absurdité totale pour les mondialistes. Ils voient plutôt chaque nation et la banque centrale comme une pièce dans un jeu, un peu comme aux échecs. Certaines pièces doivent être sacrifiées afin d’obtenir une meilleure position sur la carte. Voilà tout ce que les États-Unis, la Réserve fédérale et même le dollar sont pour eux : des pièces consommables dans un jeu plus grand.

Les États-Unis sont en train de vivre la prochaine étape de la grande remise à zéro. Deux piliers ont été mis en place par les banques centrales [planche à billet et taux zéro], au dessus d’un pilier existant [le dollar monnaie de réserve mondiale], afin de maintenir un semblant de stabilité après le crash de 2008. Cette fausse stabilité semble avoir été nécessaire afin de laisser du temps pour le conditionnement des masses vers une plus grande acceptation des initiatives mondialistes, pour assurer l’esclavage de la dette des générations futures à travers la taxation par les gouvernements, justifiée par des dettes à long terme, et pour permettre à des internationalistes de positionner en toute sécurité leurs propres actifs. Les trois piliers sont maintenant systématiquement éliminés par ces mêmes banquiers centraux. Pourquoi ? Je crois qu’ils sont tout simplement prêts pour poursuivre la prochaine étape de la démolition contrôlée de la structure américaine que nous connaissons.

Plans de sauvetage et QE : le premier pilier supprimé

La manne du sauvetage était en partie une intervention directe dans l’avalanche déflationniste de la bulle des dérivés, mais aussi une intervention indirecte en ce sens qu’elle a changé la dynamique psychologique des marchés. En tant qu’anciens directeurs de la Fed, Alan Greenspan et Ben Bernanke, y ont tous deux fait allusion dans des interviews et des éditoriaux : l’une des principales préoccupations de la banque centrale était la psychologie, en manipulant à la hausse le prix des actions [création de l’effet de richesse, NdT].

Les cours des actions ont pu être soutenus par la Fed elle-même via des acheteurs intermédiaires [hommes ou institutions de paille, NdT] en utilisant la planche à billet. La Fed a ainsi pu injecter des milliards, voire des milliers de milliards de dollars dans les banques pour leur permettre de se déchaîner, en stimulant artificiellement les investissements tout en ne faisant rien pour résoudre le dilemme existant autour des fondamentaux négatifs. Dans ce contexte, les marchés ont commencé à bouger sur de simples mots ou des communiqués de responsables de la Fed car les algorithmes d’ordinateurs et le monde de l’investissement en général placent des paris sur la rhétorique plutôt que sur la réalité ; cette dynamique touche maintenant à sa fin.

Les plans de sauvetage ont également réanimé les cadavres des grandes entreprises et des banques, pas seulement aux États-Unis mais aussi en Europe, en donnant une illusion de vie au système financier tout en laissant le peuple continuer à pourrir. Dans l’intervalle, des mesures d’assouplissement quantitatif ont fourni un moyen de continuer à financer la dette du gouvernement des États-Unis au détriment des générations de contribuables à venir alors que de nombreux prêteurs primaires ont commencé à abandonner les achats obligataires classiques à long terme.

En outre, les marchés pétroliers semblent avoir été directement gonflés par l’intervention des QE. Il est important de prendre note que les prix du pétrole sont restés extraordinairement élevés en dépit de la baisse continue de la demande mondiale jusqu’au moment ou la Réserve fédérale a déclenché la fin du QE3. Ensuite, les prix ont commencé à plonger.

Dans un article de septembre 2013, j’avais prédit que la Fed, en dépit de tout bon sens et des cris d’orfraie de banques comme Goldman Sachs, allait en effet arrêter ses QE : une suppression du premier pilier du système américain en lévitation.

J’ai, bien sûr, été traité de fou à l’époque pour cette prédiction par certaines personnes au sein de la communauté économique alternative.

«Pour quelle raison au monde, demandaient-ils, la Fed mettrait-elle fin au QE quand ils peuvent simplement imprimer à l’infini et faire avancer le bousin sur la route, perpétuellement ?» Encore une fois, ces gens ne comprennent pas que l’Amérique est en cours de démolition, comme prévu par les banques internationales ; elle n’est pas protégée par elles.

La fin du QE a eu lieu en décembre de cette année-là [2013, NdT].

Taux d’intérêt proche de zéro : le deuxième pilier presque supprimé

Après le taper [réduction] des assouplissements quantitatifs, la volatilité a atteint du jamais vu depuis 2008/2009 si on regarde les marchés. Et il a été rappelé au public, une fois de plus sporadiquement, que la reprise pourrait ne pas être réelle, après tout. L’Europe et le Japon sont intervenus rapidement avec le renouvellement de leurs propres mesures de relance, et les responsables de la Fed ont commencé à utiliser des interviews avec les médias stratégiques pour faussement laisser entendre que le QE pourrait revenir. Les marchés s’y sont ralliés, puis ont chuté de façon spectaculaire, puis s’y sont ralliés à nouveau, puis ont de nouveau chuté d’une manière choquante. Et cette volatilité est la tendance jusqu’à récemment, quand la question de la fin de la politique des taux d’intérêt proche de zéro a surgi.

Encore une fois, très peu de gens ont demandé ou exigé la fin du QE ou du ZIRP [zéro intérêt] de la Fed. Il n’y a jamais eu aucune pression publique légitime sur la Fed pour supprimer ces piliers. Le monde de l’investissement a été profondément accro, comme un drogué à son héroïne, avec des gains assurés pendant trois ans. Le cri de guerre du monde de l’investissement a été de parier contre la baisse pendant un certain temps ; les investisseurs en sont venus à attendre puis à exiger une intervention inévitable de la banque centrale et les rallyes boursiers [hausses] qu’elle entraîne. Pourtant, la Fed termine la fête unilatéralement.

Le ZIRP [zéro intérêt] est le seul pilier restant pour tenir les marchés à leur niveau actuel. Sans taux d’intérêt à zéro, et même avec la plus mineure augmentation de 25 points de base [ 0.25% ], le refinancement sans frais des banques et des grandes sociétés au jour le jour se terminera. Ils ne pourront pas continuer à prêter massivement comme depuis 2009/2010. Cela signifie la fin des rachats d’actions pour requinquer des entreprises mourantes comme IBM ou General Motors, entre autres. Cela signifie une baisse considérable des marchés, baisses dont nous avons eu un avant-goût avec le récent plongeon sur les marchés actions à la simple mention de la hausse des taux d’intérêt.

En août dans un article intitulé Crise économique dans les médias : ce qui va se passer ensuite, j’avais écrit :

«L’insistance de la Réserve fédérale pour une hausse des taux sera probablement conclue avant fin 2015. Discuter d’une augmentation des taux d’intérêt en septembre peut être une combine, et une décision de dernière minute pour la retarder pourrait bien advenir. Cette tactique de réunions de dernière minute et de retards surprises a été utilisée à la fin du scénario du QE, ce qui a mis beaucoup d’analystes en garde et a laissé penser qu’une diminution ne se produirait jamais. Eh bien, elle s’est produite, exactement comme une hausse des taux se produira, mais seulement un peu plus tard que ce à quoi les analystes traditionnels s’attendaient.

En cas de report, celui-ci sera de courte durée, déclenchant un rebond technique sur le marché des actions (une reprise temporaire du prix des actions après une chute importante, causée par les spéculateurs qui achètent afin de couvrir leurs positions), avec des taux augmentant avant décembre, lorsque les ventes au détail seront indéniablement lugubres, à l’approche de la saison de Noël.»

Vous pouvez également lire mon analyse sur les motivations d’une hausse de taux de la Fed ainsi que sur le théâtre entourant leurs politiques.

Le chat semble avoir terminé son rebond [Terme boursier, Ndt] et les actions sont de retour à la volatilité. Les ventes au détail du week-end du Black Friday, jusqu’à présent  (y compris Thanksgiving), ont enregistré une baisse stupéfiante de 10% avec des ventes en ligne en dessous des attentes. Les ventes dans les magasins des grandes chaînes ont récemment dévissé de 6,3% comparativement à la semaine dernière. Le plongeon du taux de fret du transport maritime mondial indique un manque sévère de demande mondiale et une terrible saison des ventes à venir. Janet Yellen, en ignorant tous les signaux économiques négatifs, comme prévu, a annoncé une hausse des taux pour le 16 décembre.

J’ai encore une fois été traité de fou pour cette affirmation par certains à l’époque ; et pour être clair, je pourrais encore me tromper. La Fed pourrait passer la main et ne pas augmenter les taux, alors que la rhétorique venant de la Fed aujourd’hui garantit presque qu’elle va passer à l’action. Le non-relèvement des taux ne correspond pas à leurs habitudes passées ; ils semblent suivre un calendrier parfait sur le modèle de la fin des QE. Le fait est qu’en dépit des hypothèses communes au sein des médias alternatifs, la Fed n’est pas prise au piège et peut faire ce qu’elle veut, y compris tuer les marchés si cela profite à l’objectif plus large d’une autorité économique mondiale. Avec la chute du pilier ZIRP, attendez-même à des mouvements plus violents sur les marchés actions, à l’incertitude générale et à la panique parmi les petits traders et le public.

Statut de réserve mondiale du dollar : le troisième pilier est en cours d’effondrement

J’ai écrit au sujet de la perte du statut de réserve du dollar depuis 2008. Et comme je l’ai toujours dit, la suppression de ce dernier pilier est un processus, pas une affaire à mener du jour au lendemain. Les nations des BRICS se positionnent pour cela depuis des années, la Chine depuis 2005, le reste des BRICS depuis 2010 au moins.

L’illusion de certains analystes économiques est que les BRICS disputent stratégiquement le pouvoir en construisant leur propre institution bancaire unifiée dans une opposition au FMI et à l’Ouest. Comme je l’ai présenté dans mon dernier article, je prouve que c’est complètement faux. Ils sont en fait positionnés pour prendre leur place comme marionnettes au sein de la forme globale du nouveau paradigme. La Chine a maintenant rejoint le panier des DTS du FMI (comme prévu) ; et la Russie, ainsi que les autres BRICS, ont ouvertement appelé à ce que le FMI prenne le contrôle du système monétaire mondial.

À mon avis, l’inclusion de la Chine va accélérer la fin du dollar comme monnaie de réserve au cours de l’année prochaine, avec d’autres facteurs. Dans la discussion générale, l’Arabie saoudite a également évoqué l’idée d’une déconnexion du dollar. Cette dernière action, que les économistes traditionnels évoquent comme un possible cygne noir, serait le coup de grâce du statut du pétrodollar et entraînerait une catastrophe pour l’économie américaine. La suppression du pilier final est bien en cours.

Comme je l’ai dit dans le passé, le système américain, tel qu’il est, ne mérite pas nécessairement de survivre, mais là encore, cela ne signifie pas qu’il doit être sacrifié afin de donner vie à la monstruosité de la gouvernance économique mondiale. Un tel compromis ne sert que les intérêts d’un groupe restreint d’élites, avec la remise à zéro globale se terminant par le suicide multiculturel instrumentalisé de la souveraineté, suçant la prospérité du reste d’entre nous au nom du progrès collectif. Les mondialistes veulent nous faire croire qu’il n’y a pas d’autre option que leur leadership, et ils vont créer le chaos afin de nous convaincre de leur nécessité.

Brandon Smith

Peak Oil: assistons-nous au vrai pic ?

Article original de Ugo Bardi , publié le 10 Décembre 2015 sur le site cassandralegacy
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

World Supply-Demand November 2015
Offre-demande mondiale Novembre ici à 2015

Art Berman analyse les données les plus récentes provenant de l’EIA sur son blog. Ces données en disent long au sujet de ce qui se passe sur les marchés du pétrole depuis deux ans. Le tout semble avoir été hors de contrôle, voyant tout le monde pomper autant que possible, se souciant seulement de nuire à la concurrence et sans trop penser à la catastrophe provoquée par la surproduction globale. L’excédent a stimulé la demande, mais seulement faiblement. Le résultat a été l’effondrement du prix du pétrole, que nous voyons encore aujourd’hui.

Il semble maintenant que le marché se redresse lentement de ce déséquilibre. La demande augmente, et l’offre semble avoir atteint un pic en juillet 2015. Dans quelques mois, nous pouvons revenir à une situation où la demande correspond à l’offre. Nous devrions alors retrouver une hausse des prix. Nous allons probablement voir la production descendre, et l’ensemble du système retrouver un certain équilibre ; au moins pour quelques temps. Bien sûr, l’élément principal dans le réajustement est le déclin de la production à partir des schistes aux États-Unis (image de Ron Patterson).

Juillet a-t-il été le pic pour tous les combustibles liquides ? Nous ne pouvons pas encore le dire. Ce que nous pouvons dire, c’est que la période de surabondance de pétrole a fait des dommages considérables à l’industrie pétrolière. Peut-être, commençons-nous maintenant le déclin terminal de l’industrie du pétrole dans le monde ; mais nous devons encore attendre pour en être sûr. Les Américains, aiment, semble-t-il, les cycles de booms et de récessions et, si les prix montent encore, ils pourraient vouloir verser à nouveau de l’argent dans l’industrie des pétroles de schiste. La seule chose sûre est que les combustibles fossiles doivent disparaître, tôt ou tard.

Hugo Bardi

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Les econoclastes ont aussi commentés le travail de Art Bertman

Réduire la techno-sphère, Partie VIII

Article original de Dmitry Orlov, publié le 1 Décembre 2015 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Partie I, Partie II, Partie III, Partie IVPartie V, Partie VI, Partie VI 

Cette série d’article offre un aperçu d’un livre qui reste encore à écrire. Comme elle est en passe de devenir une assez longue série, il me semble juste de faire un rappel, pour vous donner une idée de l’endroit d’où nous venons et où nous allons. Nous avons commencé par une discussion sur la façon dont le mode de vie contemporain, aux États-Unis en particulier, mais aussi dans divers autres soi-disant pays développés, est devenu entièrement intenable, car il nous oblige à compter sur un ensemble de technologies qui sont insoutenables et catastrophiques pour l’environnement. Celles-ci nous sont imposées par un ensemble de technologies politiques qui nous privent de notre pouvoir et de notre volonté de choisir celles que nous voulons utiliser. Nous avons également examiné un autre ensemble de technologies politiques qui sont utilisées pour détruire des nations, partout dans le mondes, si elles vont à l’encontre du plan directeur hors de contrôle.


Nous avons pas encore discuté quelles technologies politiques peuvent être utilisées, et sont utilisées avec un degré croissant de réussite, pour arrêter cette marche forcée vers la mort. Mais ça vient. Au lieu de cela, nous avons fait un grande détour, pour regarder à quoi ressemblerait le meilleur scénario – s’il existe, et qui est, de fait,  mis entre parenthèses – à supposer que nous nous débarrassions des technologies politiques qui détruisent la société et la biosphère. Il se trouve que le meilleur scénario est plutôt inconfortable, à cause de tous les développements indésirables qui sont déjà dedans, tels que :

  • Hausse du niveau des océans mettant les villes côtières, où vivent les deux tiers de la population, partiellement ou complètement sous l’eau.
  • Hausse des températures moyennes d’environ 17°C, entraînant des vagues de chaleur dans lesquelles les réseaux électriques s’effondrent, rendant la climatisation inopérante, et provoquant la dépopulation des grandes régions métropolitaines.
  • Disparition des glaciers de montagne qui alimentent le système de rivières dont dépend l’irrigation des principales zones agricoles, ce qui entraîne le dépeuplement en raison de la famine dans de nombreux pays.
  • Océans devenant trop radioactifs pour les poissons en raison des nombreuses installations nucléaires détruites le long des côtes, après avoir été inondées par l’eau salée.

Les seuls endroits susceptibles de rester viables sont les forêts boréales qui bordent le cercle polaire arctique, en particulier le long des grands fleuves coulant vers le nord, la Lena, l’Ob et l’Ienisseï en Eurasie. J’avais d’abord pensé que la rivière McKenzie en Amérique du Nord pourrait offrir un refuge similaire, mais j’ai appris depuis qu’elle avait été empoisonnée par l’exploitation des sables bitumineux de l’Athabasca [province d’Alberta, Canada]. La dégradation de l’environnement est comparable à celle des zones fracturées aux États-Unis ; là, les milliers de puits de pétrole et de gaz fracturés qui ne produisent plus et qui ont été superficiellement condamnés, sont néanmoins sujets à des fuites de produits radioactifs ou chimiques toxiques dans l’environnement pendant des centaines d’années. Finalement, il semble que l’endroit le plus prometteur pour l’humanité pour essayer d’y faire son trou est la Sibérie.
 
Le scénario présenté dans la Partie VI a décrit comment un groupe de personnes pourrait survivre à l’hiver après s’être installé là-bas, comme beaucoup de gens l’ont fait il y a des centaines d’années maintenant, produisant certains des habitants les plus robustes de la planète. Mais il y a encore beaucoup de place : il n’y a pas de pénurie de terres libres, et avec les technologies proches de la nature dont nous avons parlé dans nos articles précédents, un grand nombre de gens robustes pourraient vivre de manière durable sur de nombreuses générations, migrant progressivement plus près du cercle polaire arctique lorsque le climat se réchauffera, pratiquant un mode de vie indépendant, autonome, aussi proche de la nature que possible, enseignant à leurs enfants tout ce qu’ils ont besoin de savoir à l’aide d’une pile de manuels distribués par le gouvernement, et une bibliothèque de prêts itinérante qui passerait environ une fois l’an autour du solstice d’été.

 
Mais à en juger par les commentaires des lecteurs jusqu’à présent, il n’y a pas beaucoup de volontaires pour ce nouveau style de vie passionnant. Un des problèmes majeurs est l’âge : pour se lancer vers une telle transition, il faut commencer jeune, alors que beaucoup des lecteurs de ce blog sont arrivés à un âge où l’on cesse de courir dans tous les sens et où l’on devient contemplatif. Un autre problème est l’habitude physique : si vous avez grandi assisté par toutes sortes de gadgets, laissant le travail physique à de gentils Mexicains qui traînent près des Home Depot [travailleurs au noir, NdT], alors vous pourriez avoir un problème de transition vers un mode de vie où votre meilleure amie est votre hache : utilisée pour tout, couper des arbres, se raser, nettoyer le poisson, faire des manches de rechange pour elle, brandir devant les loups pendant que vous faites vos besoins naturels au fond des bois.

 
Et si vous avez passé la plupart de votre vie assis sur une chaise au bureau, avec le thermostat réglé quelque part entre 21 et 23 ° C, alors vous pourriez ne pas posséder les couches de graisse brune vascularisée et les puissants systèmes cardiovasculaire et digestif nécessaires pour effectuer un travail manuel par -40°C, alimenté par du thé chaud et par toute la graisse animale que vous pourrez attraper. Pas plus que vous ne possédez des glandes sudoripares puissantes, une peau se tannant vite et presque complètement indifférente aux insectes pour pouvoir accomplir un travail manuel intensif pendant les étés courts mais chauds. Si vous trouvez l’odeur des corps offensante, si vous aimez les assainisseurs d’air et les bols d’essences odorantes, alors il est difficile d’imaginer que vous pourriez être heureux en grattant et travaillant une peau d’ours rance, nu – pour protéger votre seul ensemble de vêtements – et recouvert de la tête aux pieds de graisse d’ours pour garder la chaleur. Enfin, si vous êtes un végétalien intolérant au lactose sans gluten, qui pense que travailler la fourrure est un crime, alors il peut être aussi difficile de vous imaginer vivre avec un régime composé de choux, de navets et de pain de seigle, comme nourriture de base, plus quelques pommes de terre comme friandises, complété par tous les animaux que vous parviendrez à attraper ou à piéger.

 
Mais je ne suis pas préoccupé par le manque de candidats potentiels pour cette expérience. Dans chaque tranche de 10 000 personnes environ, je me dis qu’il doit y avoir une poignée qui le ferait, et c’est plus que suffisant. Ils peuvent être difficiles à repérer pour le moment, parce que les pressions de sélection au sein de la société contemporaine sont fondées sur des exigences de réussite dans cette société-là, et non pas sur l’échec de cette société et le succès sans elle. Et si un enfant qui disparaît dans les bois à la recherche de quelque chose à tuer au lieu de faire ses devoirs est actuellement considéré comme un enfant à problème, il est en fait une solution qui apportera quelque chose pour le dîner, tandis que les enfants à succès pleurnicheront pathétiquement à côté de leur tas de jouets électroniques hautement éducatifs, désormais inutiles, et frissonneront de fièvre sous l’effet du sevrage des boissons sucrées réfrigérées auxquelles ils sont accros. L’enfant à problème pourrait même avoir quelques super pouvoirs comme la possibilité de voir des poissons dans l’eau trouble. Pour être juste, les enfants à succès, bien adaptés, ont aussi des super pouvoirs, par exemple se souvenir exactement ce que vous avez promis de leur acheter et quand vous l’avez promis.

 
Ce qui est beaucoup plus inquiétant, c’est que les candidats manquent de connaissance sur les technologies proches de la nature dont ils auront besoin pour survivre. Il y a un grand nombre de compétences requises pour la tâche apparemment simple de construire une cabane en rondins. Pour commencer, vous devez savoir comment choisir un site qui a un assez bon drainage, mais qui est également à l’abri, protégé contre les vents dominants l’hiver, mais ouvert aux vents dominants l’été, qui reçoit du soleil l’hiver, mais est à l’ombre du soleil l’été, et qui ne risque pas de se faire ensevelir sous une congère.

 
Ensuite, vous devez savoir quels types d’arbres il faut couper, et quand le faire (pendant une pleine lune, avant que la sève ne monte). Les rondins doivent être coupés à certaines longueurs et laissés au repos un certain temps avant de pouvoir être utilisés. L’écorce doit être retirée, sans l’aide de méthodes industrielles telles que la vapeur, mais il y a d’autres trucs. Ensuite, les rondins doivent être accolés, sans utiliser de dispositifs de fixation en métal. La qualité des joints doit être telle que l’eau de pluie glisse dessus, sans pénétrer, sinon la structure va pourrir. Le toit doit être résistant mais léger avec du chaume, et faire du chaume nécessite encore un autre ensemble de compétences à acquérir à la hâte. Que faire si vous ne pouvez pas trouver des rondins assez droits, bien ronds ? Il n’y a pas de bois de charpente sur les quelques milliers de kilomètres autour de vous, et vous n’avez pas le temps de faire le vôtre. Ainsi vous devez produire le bois de charpente dont vous avez besoin, en commençant par des traverses aux fibres régulières et droites que vous fendrez en lamelles. Vous n’avez jamais essayé de fendre un rondin en lamelles ? Eh bien, apprenez-le rapidement, parce que l’hiver approche !

 
Et puis il y a la cuisinière, dont vous aurez besoin pour garder la pièce chaude, faire cuire la nourriture, laver l’intérieur et pour dormir au dessus. Dans ce climat, les meilleurs poêles disposent d’une chambre de combustion en arc dans le dos de la cheminée, avec un espace solide sur l’arc et un lit pour toute la famille sur le remblai. L’arc et la base de la cheminée doivent être construits de briques résistantes au feu et à l’écaillage, donc la fabrication de briques doit aussi faire partie du programme d’études. C’est une structure de maçonnerie massive, et sa masse thermique permet de la chauffer seulement deux fois par jour, le matin et dans la soirée pour garder le lit à une température constante de 25°C même quand il fait -40°C dehors. Le poêle a besoin d’avoir une niche pour le samovar si important, avec un conduit de fumée vers l’extérieur. Vous aurez besoin de beaucoup d’eau chaude pour faire du thé aux herbes, en utilisant les herbes que vous n’aurez pas oublié de planter, de ramasser et de sécher pendant l’été, ce qui vous fournira toutes les vitamines dont vous aurez besoin pour éviter le scorbut et d’autres types de carences en vitamines.

 
La liste des technologies proches de la nature se déroule ainsi l’une après l’autre, trop longue à énumérer. Les gens ont besoin d’arriver sur le terrain en sachant tout cela, sinon leurs chances de survie vont sérieusement diminuer. Oui, il est possible de communiquer ces connaissances à travers les livres, bien que ce dont on a besoin pour réussir n’est pas un livre, mais quelqu’un à qui parler, qui peut aussi montrer directement comment il fait. Mais si quelqu’un va dans la forêt et pratique ces techniques pendant un an ou deux dans un environnement stable, équipé avec beaucoup de technologies additionnelles non proches de la nature, comme un téléphone satellite pour appeler un hélicoptère de sauvetage si nécessaire, alors cette personne a de bonnes chances de devenir un bon livre audio. Et on pourrait donc envisager de recycler les personnes âgées pour ça, après tout !

 
Voilà tout ce qu’il faudra savoir pour garantir notre survie sur n’importe quel lopin de terre. Mais je serais négligent si je ne mentionnais pas une alternative : alors qu’il y aura une pénurie de lieux aptes à la survie sédentaire à l’année, d’autres possibilités existeront, avec des modes de vie qui seront soit nomades (ce déplacer en permanence), soit migrateurs (avec des camps saisonniers semi-permanents). Ces modes de vie viennent avec leurs propres listes de  technologies proches de la nature mais qui sont beaucoup plus difficiles que celles requises pour un mode de vie sédentaire, tout simplement parce qu’une technologie de survie mobile est plus exigeante qu’une installation fixe.

 
Faire sans domicile fixe confère de nombreux avantages : vous êtes libre de vous déplacer et de fuir le danger ; il n’est pas nécessaire, dans ces circonstances, de gaspiller votre énergie à accumuler des biens au-delà de ceux dont vous avez absolument besoin et que vous utilisez tout le temps ; vous avez plus de chance de pouvoir construire votre abri pour répondre à chaque situation nouvelle. Ce sont des considérations pratiques, mais il y a plus dans le nomadisme qu’un simple côté pratique. Le nomadisme, voyez-vous, est non seulement une bonne adaptation aux temps incertains. Il est aussi pieux et sublime.

 
La plupart des gens, quand ils entendent la phrase biblique La maison de l’Éternel, imaginent une cathédrale ou un temple. Leur idée obsessionnelle d’une maison est une grande structure immobile, permanente. Quelle surprise, alors, d’apprendre que la maison du Seigneur était, au départ, très certainement une tente : beth en hébreu ancien ou beyt en arabe sont deux mots qui signifient tente. La césure entre l’enraciné et le nomade est présente tout au long de la Bible. C’est la tension entre l’esclavage et la liberté, et le récit biblique est très clair sur le fait que Dieu, ou Yahvé, est à l’origine un dieu nomade, le dieu bédouin des troupeaux, toujours au côté des nomades.

 
Revenons à l’un des grands mythes fondateurs du monde, l’histoire d’Abraham, qui a donné son nom aux religions abrahamiques de l’islam, du judaïsme et du christianisme, dont les fidèles représentent plus de la moitié de la population sur Terre. Dans l’histoire, Abraham et Lot, son neveu, quittent la ville et, avec leurs troupeaux, voyagent au pays de Canaan, et ils y vivent comme des nomades à la lisière du désert. Mais ils se querellent, et Lot s’en va pour Sodome et Gomorrhe. Yahvé le punit pour son choix, détruisant les villes, et transformant sa femme en statue de sel pour avoir regardé la destruction de la cité, tandis qu’Abraham reste pur et par la suite, ses deux fils, Ismaël et Isaac, fondent les deux grandes tribus nomades, les Arabes et les Juifs.

 
Bien que le nomadisme soit l’idéal, la tension entre le nomade et le sédentaire est toujours présente. Les sécheresses, les famines, l’oppression politique, forcent souvent les nomades à se réfugier parmi les enracinés. Si ces conditions se maintiennent assez longtemps, ils risquent de perdre leurs capacités de nomadisme et de s’enraciner eux-mêmes. Abraham a été poussé par la famine à quitter Canaan et à se réfugier en Égypte pour un temps, mais il n’a pas tardé à revenir dès que les conditions se sont améliorées. Plus tard, une autre famine a contraint ses descendants à un retour en Égypte et à une vie de servitude, mais ici, leur séjour a duré trop longtemps et leur a fait perdre leurs compétences nomades, les condamnant à l’esclavage. Mais ils ont réussi à produire un visionnaire, Moïse, qui a épousé une femme bédouine. Cette femme s’est avérée être la greffe culturelle majeure qui a permis aux juifs de fuir dans le désert et de retrouver leur liberté.

 
Le nomadisme est culturellement et technologiquement avancé, impliquant des éléments tels que des abris mobiles, une relation avec les animaux qui confine à la symbiose, la capacité à s’auto-organiser en groupes petits et grands, à survivre sur un terrain difficile et presque stérile mais aussi à contrôler et défendre un grand territoire en constante évolution. Dans toutes les cultures nomades, plus de la moitié de cet ADN culturel et technologique est le domaine explicite des femmes, car ce sont les femmes qui fabriquent et entretiennent la tente. Les hommes pratiquent l’élevage, fabriquent des outils, chassent, pêchent, se battent, font des piquets de tente, mais ce sont les femmes qui filent, tissent et cousent. La tente fait généralement partie de la dot et reste la possession de la femme, qu’elle garde en cas de divorce.

 
Promenez-vous dans la tente d’un nomade, et vous trouverez la même séparation des tâches se reflétant dans l’aménagement intérieur. A gauche de l’entrée, vous avez le côté des femmes. Ici, empilés le long des murs, vous trouverez tout le nécessaire pour la préparation des aliments, pour travailler le cuir et les tissus, et pour prendre soin des enfants. Le côté droit est celui des hommes. Ici, empilés le long des murs, vous trouverez des outils, des armes, des selles et des harnais. Au milieu se trouve le foyer ; à l’arrière du foyer, se trouve le lieu sacré, avec un autel. Devant l’autel, on trouve le siège d’honneur. Dans le cas des Arabes, la séparation est appliquée au moyen d’un rideau, appelé le Qata, tandis que dans le tipi d’un Indien d’Amérique du Nord, la séparation est implicite, mais elle est toujours là, c’est un attribut du nomadisme culturel universel. Ceci est un trait évolué qui prend tout son sens : la vie du nomade est si complexe et exige une telle compétence qu’une séparation des préoccupations entre les hommes et les femmes est essentielle à la survie. Un homme seul peut mener une existence nomade, mais pour que le nomadisme existe en tant que civilisation, cela requiert des femmes nomades, avec le savoir-faire associé.

 
Les femmes ont tendance à être plus conservatrices que les hommes – politique mise à part – car elles ont tendance à transmettre à leurs filles leurs compétences sans trop les altérer. Ainsi, nous trouvons, dans l’architecture nomade une incroyable stabilité des formes. Les tentes noires, décrites dans la Bible, sous lesquelles les Israélites campaient dans le pays de Canaan, se retrouvent le long d’une ceinture désertique s’étirant de Casablanca sur la côte atlantique de l’Afrique, jusqu’au Tibet  (où ils utilisent la laine des yacks pour faire du tissu). Les tentes sont faites de morceaux de tissus rectangulaires en poils de chèvre, cousus ensemble sur de larges bandes tissées et érigées à l’aide de quelques pieux et tendues à l’aide de longues lignes fixées par des pitons. Elles maintiennent la fraîcheur à l’intérieur en bloquant la lumière du soleil et en créant un courant ascendant et en expulsant l’air au travers de son armature suffisamment lâche, mais quand il pleut les fibres des poils de chèvre enflent et créent une surface imperméable qui repousse l’eau.

 
Au nord de la ceinture des tentes noires se trouve la ceinture des yourtes. Les yourtes utilisent une structure autonome qui se compose d’un treillis en forme de tonneau à la base, une bande de tension au sommet du treillis, une couronne, parfois soutenue par des poteaux au centre, et des poteaux qui sont mortaisés dans la couronne et accrochés à la cime des treillis. Sur cette trame est tirée une couverture de feutre dont l’épaisseur est proportionnelle à la froideur du climat. En Mongolie, un bon pourcentage de la population vit aujourd’hui dans des yourtes, et les Mongols, sur ce modèle de logement à base de yourtes, sont jadis venus jusqu’aux portes de Vienne. La maison Dymaxion de Buckminster Fuller est essentiellement une yourte fabriquée en aluminium, ce qui est un choix de matériau malheureux, car l’aluminium ne pousse pas sur les arbres ni sur les moutons.

 
Au nord de la zone de yourtes et dans toute la région circumpolaire, nous trouvons deux formes de base : la tente-cône et la tente-dôme, couverte soit avec des cuirs et des peaux ou avec l’écorce de bouleau cuite à la vapeur. A l’intérieur, nous trouvons souvent la même disposition : foyer au milieu, les femmes à gauche, les hommes à droite, l’autel dans le fond. Le Koryak, des Tchouktches Yaranga est particulièrement significatif. Ces tribus, qui peuplent la zone la plus au nord de la Sibérie, utilisent une tente dans une tente, appelée polog, pour garder la chaleur malgré des températures qui sont souvent inférieures à moins 40 degrés. La condensation inévitable est traitée en sortant le polog pendant la journée, permettant à la condensation de geler, elle peut alors être cassée avec un bâton et retirée.

 
Le nomadisme est une innovation, ce qui nécessite beaucoup de technologies de pointe et de savoir-faire. Il est relativement récent, et dans de nombreux endroits, son avènement a coïncidé avec la domestication de divers animaux. C’est la symbiose avec ces animaux qui a donné aux nomades leur vitesse de déplacements, la portée de ceux-ci et la capacité à se maintenir dans des endroits où une population stationnaire serait rapidement morte de faim et de soif. Dans les déserts, les nomades en tentes noires comptent sur le chameau et, dans le cas du Tibet, sur le yak ; les nomades des plaines, utilisant des yourtes, comptent sur le cheval ; les tribus circumpolaires comptent sur les rennes en Eurasie et son cousin non domestiqué, le caribou en Amérique du Nord. Avant l’avènement du nomadisme, la plupart des endroits où les nomades peuvent survivre, étaient restés inhabités.

 
Bien sûr, il y a des endroits dans le monde où même une tribu nomade ne peut pas survivre, mais quand ils voient que les circonstances changent, au moins, ils ont la possibilité de se déplacer. Une population sédentaire repose sur un climat stable pour pouvoir compter sur la culture de la même parcelle de terre, saison après saison. Au cours des 11 000 dernières années, cela était possible dans de nombreux endroits sur Terre parce que pendant ce laps de temps, le climat était particulièrement stable avec des changements bénins, mais il semble que cette période soit maintenant terminée, et la Terre est entrée dans une période de bouleversements climatiques, dans laquelle les phénomènes réguliers naturels sur lesquels repose l’agriculture ne peuvent plus être pris pour acquis.

 
Bien que la vision culturelle du nomadisme, dans de nombreuses parties du monde, ait été marquée par le dédain et l’exclusion, cette vision est susceptible de changer, pour de plus en plus de monde, lorsque leur choix se limitera à devenir nomades (s’ils le peuvent) ou à périr sur place. Et il convient de répéter que le nomadisme nécessite un niveau de technologies bien supérieur à celui de la sédentarité et cela ne peut pas être appris en une seule génération, et peut-être même pas en une seule vie.
 
Dmitry Orlov

https://dailymotion.com/video/xo9ii3

La chute de l’Amérique signale la montée du Nouvel Ordre Mondial

Article original de Brandon Smith, publié le 2 Décembre 2015 sur le site alt-market
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

«La quête contemporaine pour l’ordre du monde va requérir une stratégie cohérente pour établir un concept d’ordre dans les différentes régions et relier ces ordres régionaux à un autre.» – Henry Kissinger, lors de l’assemblée du Nouvel Ordre Mondial

«Une partie de la préoccupation des gens est tout simplement la conscience que partout dans le monde, l’ordre ancien ne tient pas et que nous ne sommes pas encore tout à fait là où nous devrions être concernant ce nouvel ordre qui est basé sur un ensemble différent de principes, sur un sens commun de l’humanité et sur des économies qui fonctionnent pour tous les peuples.» – Barack Obama

«Nous réitérons notre engagement fort pour les Nations Unies (ONU), en tant qu’instance multilatérale, avant tout chargée d’apporter l’espoir, la paix, l’ordre et le développement durable dans le monde. L’ONU jouit d’une adhésion universelle, elle est au centre de la gouvernance mondiale et le multilatéralisme. » – Déclaration du cinquième Sommet des BRICS

«Nous soutenons la réforme et l’amélioration du système monétaire international, avec un système de monnaie de réserve international à grande échelle assurant la stabilité et la certitude. Nous nous félicitons de la discussion sur le rôle des DTS dans le système monétaire international actuel, y compris la composition du panier de monnaies des DTS. Nous soutenons le FMI pour rendre son cadre de surveillance plus intégré et équilibré.» – Déclaration du cinquième Sommet des BRICS

Voici où de nombreux analystes politiques et économiques pêchent terriblement dans leur examen des paradigmes mondiaux actuels : ils ont tendance à croire aveuglément la narration dominante plutôt que de prendre en compte les déclarations et les actions contradictoires des dirigeants politiques et financiers. Même dans le mouvement de la Liberté, composé de certaines des personnes les plus sceptiques et les plus épargnées par les médias sur la planète Terre, les cancers des suppositions et des préjugés prennent souvent le dessus.

Certains partisans de la Liberté sont plus qu’heureux de croire dans certaines dynamiques particulières des médias traditionnels. Ils sont heureux de croire, par exemple, que le conflit croissant entre l’Est et l’Ouest est légitime plutôt que monté de toutes pièces.

Vous pouvez lister citation après citation et action politique après action politique prouvant que les gouvernements de l’Est, dont la Chine et la Russie, travaillent main dans la main avec les institutions mondialistes comme le Fonds monétaire international, la Banque des règlements internationaux, la Banque mondiale et l’ONU vers l’objectif de la gouvernance mondiale et de la centralisation économique mondiale. Mais ces gens ne vont tout simplement pas écouter. Ils doivent croire que les États-Unis est le méchant couronné, et que l’Est est dans l’opposition héroïque. Ils sont tellement prêts à tout pour un avant-goût de l’espoir qu’ils sont prêts à consommer le poison des fausses dichotomies.

Le mouvement de la Liberté est entiché de la supposition que le gouvernement américain et les élites bancaires les entourant sont au sommet de la nouvelle pyramide de l’ordre mondial et qu’ils «se battent pour leur survie» alors que l’économie américaine se désagrège derrière la façade d’un faux gouvernement et de fausses statistiques de la Banque Centrale. Combien de fois avons-nous entendu au cours de la seule année écoulée que la Réserve fédérale s’est «elle-même acculée dans un coin» ou s’est elle-même mise «entre le marteau et l’enclume» ?

Je dois rire de l’absurdité d’un tel point de vue, car les banquiers centraux et les internationalistes ont toujours utilisé l’instabilité économique comme un moyen d’obtenir un avantage politique et social. La consolidation de la puissance mondiale bancaire après la Grande Dépression est un témoignage de ce fait. Et même l’ancien président de la Fed, Ben Bernanke, a admis – au moins dans une certaine mesure – que la Réserve fédérale était responsable de cette terrible implosion, une implosion qui a idéalement servi les intérêts des cartels de banques internationales comme JP Morgan.

Mais la Réserve fédérale n’est rien de plus qu’un appendice d’un système plus vaste ; elle n’est pas le cerveau de l’opération.

Dans son livre «La tragédie et l’espoir», Carroll Quigley, membre du CFR et mentor de Bill Clinton, a déclaré:

«Il ne faut pas croire que les dirigeants des banques centrales principales du monde ont eux-mêmes des pouvoirs substantiels dans la finance mondiale. Ils ne les ont pas. Au contraire, ils ne sont que les techniciens et les agents des banquiers d’investissement dominants de leurs propres pays, qui les ont élevés à leur place et sont parfaitement capables de les renvoyer. Les pouvoirs financiers du monde sont dans les mains de ces banquiers d’investissement (aussi appelés des banquiers internationaux ou marchands) qui sont restés en grande partie dans les coulisses de leurs propres banques privées non constituées en société. Ceux-ci forment un système de coopération internationale et de domination nationale qui est plus privé, plus puissant et plus secret que celui de leurs agents dans les banques centrales.»

Dans Gouverner le monde de l’argent, le Harper’s Magazine établit ce que Quigley a admis dans La tragédie et l’espoir, que le contrôle de la politique économique mondiale et, par extension, de la politique politicienne est dominé par un petit nombre d’élites, notamment à travers le cadre institutionnel obscur de la BRI.

Les États-Unis et la Réserve fédérale ne sont que des tentacules des grands vampire des abysses qu’est le Nouvel Ordre Mondial. Et il est possible de sacrifier un tentacule, dans une certaine mesure, si l’échange se traduit par une plus grande centralisation du pouvoir.

L’illusion de certaines personnes au sein du mouvement de la Liberté, est que la chute de l’Amérique se traduira par la chute du Nouvel Ordre Mondial. En réalité, la chute de l’Amérique est une étape nécessaire vers la montée du nouvel ordre mondial. Le magasine financier The Economist appartenant à la famille Rothschild a réaffirmé cette tendance à l’harmonisation économique dans son article de 1988, Préparez-vous à une monnaie mondiale en 2018, qui décrit la création d’une monnaie mondiale appelée Phoenix sur trois décennies:

«La zone Phoenix imposerait des contraintes serrées sur les gouvernements nationaux. Il n’y aurait plus, par exemple, de politique monétaire nationale. La création du Phoenix mondial serait gérée par une nouvelle banque centrale, peut-être une émanation du FMI. Le taux d’inflation dans le monde et, par conséquent – avec des amplitudes faibles – chaque taux d’inflation national, serait à sa charge. Chaque pays pourrait utiliser les impôts et les dépenses publiques pour compenser les chutes temporaires de la demande, mais il aurait à emprunter plutôt qu’à imprimer de l’argent pour financer son déficit budgétaire. En l’absence de recours à une taxe inflationniste, les gouvernements et leurs créanciers seraient obligés d’étudier leurs plans d’emprunt et de prêt de bien plus près qu’ils ne le font aujourd’hui. Cela signifie une grande perte de souveraineté économique, mais les tendances qui rendent le Phoenix si attrayant l’emportent sur cette souveraineté dans tous les cas.»

«… Le Poenix serait probablement, au début, comme un cocktail de monnaies nationales, tout comme les droits de tirage spéciaux (DTS) le sont aujourd’hui. Avec le temps, cependant, sa valeur par rapport aux monnaies nationales cesserait d’avoir de l’importance, parce que les gens le choisiraient pour sa commodité et la stabilité de son pouvoir d’achat.»

Nous sommes maintenant sur le point de voir se réaliser la prédiction dont a parlé The Economist, il y a plus de 27 ans. Les nations des BRICS, y compris la Russie de Vladimir Poutine, ont tous constamment appelé à la formation d’un système mondial de monnaie de réserve sous le contrôle direct du FMI et fondé sur la méthode du panier de DTS. Ce nouveau système mondial, comme The Economist l’a suggéré, exige la marginalisation des structures de pouvoir existantes et la fin du contrôle économique souverain. Les gouvernements à travers le monde, y compris aux États-Unis seraient à la merci fiscale des nouveaux grands prêtres financiers grâce à l’utilisation de la dette en fonction des incitations insidieuses accordées ou non selon le bon vouloir du FMI.

La Chine est appelée à être intronisée dans le panier des DTS en 2015, avec des changements économiques spécifiques à effectuer avant septembre 2016, un développement sur lequel je vous ai mis en garde depuis des années. Le vote a eu lieu et la décision a été finalisée. Alors que certains dans les médias traditionnels minimisent la montée du yuan comme insignifiante, à la tête du FMI, Christine Lagarde présente ce changement comme un événement majeur, pas pour la Chine, mais pour le FMI et les DTS dont elle parle avec fierté comme la monnaie de monnaies.

L’ajout de la Chine au panier de DTS, je crois, est le prochain événement déclencheur sur le chemin de l’élimination du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. Le décalage monétaire peut exploser à grande vitesse si l’Arabie saoudite suit [les USA, NdT] avec un possible plan de dépréciation du dollar, mettant ainsi fin au statut du pétrodollar qui a tant réussi aux États-Unis depuis des décennies.

Ceci est, bien sûr, le même système des DTS contrôlé par le FMI que Poutine et le Kremlin ont appelé de leur vœux, malgré le fantasme courant sur Poutine qui serait en quelque sorte un adversaire des mondialistes.

Poutine continue d’appuyer sur la narrative, «les États-Unis sont les méchants maladroits», tandis que dans le même temps il soutient les institutions mondialistes et l’internationalisation de la gouvernance économique et politique. Alors que beaucoup de gens étaient trop concentrés sur son «cri de guerre» concernant les États-Unis et leur implication dans la création d’ISIS dans son récent discours à l’ONU, ils semblent avoir complètement négligé son adoration pour l’Organisation des Nations Unies et le développement d’une gouvernance mondiale constituée. Poutine parle souvent avec des sous-entendus comme Barack Obama le fait – un moment supportant la souveraineté et la liberté, puis appelant à la centralisation mondiale :

«La Russie est prête à collaborer avec ses partenaires pour développer l’ONU sur la base d’un large consensus, mais nous considérons toutes les tentatives visant à saper la légitimité de l’Organisation des Nations Unies comme extrêmement dangereuses. Ils peuvent entraîner l’effondrement de l’ensemble de l’architecture des relations internationales, et alors en effet il n’y aura pas de règles en réserve, sauf la règle de la force. »

«Chers collègues, assurer la paix et la stabilité mondiale et régionale demeure une tâche essentielle pour la communauté internationale guidée par les Nations Unies. Nous croyons que cela signifie la création d’un environnement de sécurité égal et indivisible qui ne servirait pas quelques privilégiés, mais tout le monde.»

M. Poutine a également proclamé son soutien à la lutte de l’ONU contre le changement climatique, le même changement de climat que le secrétaire d’État John Kerry a fait valoir comme étant un facteur dans la crise en Syrie et la montée d’ISIS. J’ai écrit par le passé sur la fraude du changement climatique anthropique (réchauffement global) et je ne vais pas entrer dans ce débat ici maintenant, mais il reste que Poutine est entièrement à bord avec ladite fraude comme tous les autres politiciens marionnettes du monde entier :

Note du traducteur
A ce sujet, je vous conseille le point de vue plus nuancé de Dmitry Orlov et sa série sur la technosphère qui commence par analyser le discours à l\’ONU de Valdimir Poutine.

«… Une autre question qui affectera l’avenir de l’humanité tout entière est le changement climatique. Il est dans notre intérêt de faire en sorte que la prochaine Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui aura lieu à Paris en Décembre de cette année, aboutissent à des résultats tangibles. Dans le cadre de notre contribution nationale, nous prévoyons de limiter les émissions de gaz à effet de serre à 70-75% des niveaux de 1990 d’ici l’an 2030.»

«C’est en effet un défi d’ampleur mondiale. Et je suis convaincu que l’humanité a la capacité intellectuelle nécessaire pour y répondre. Nous devons unir nos efforts, et principalement l’engagement des pays qui possèdent des capacités de recherche et de développement solides, et ont fait des progrès significatifs dans la recherche fondamentale. Nous proposons la convocation d’un forum spécial sous les auspices de l’ONU pour aborder de façon globale les questions liées à l’épuisement des ressources naturelles, la destruction de l’habitat et le changement climatique. La Russie est prête à co-parrainer un tel forum.»

En effet, il est dans l’intention de Poutine de soutenir totalement et défendre le cadre internationaliste tout en participant en même temps au faux paradigme Est/Ouest théâtralisé :

«Dans le cadre des BRICS, nous voyons coïncider un ensemble d’intérêts stratégiques.
Tout d’abord, il y a une intention commune de réformer le système monétaire et financier international. Sous sa forme actuelle, il est injuste envers les BRICS et les nouvelles économies en général. Nous devrions prendre une part plus active dans le FMI et le système de prise de décision de la Banque mondiale. Le système monétaire international lui-même dépend beaucoup du dollar américain, ou, pour être précis, de la politique monétaire et financière des autorités américaines. Les pays des BRICS veulent changer cette situation.»

Les Chinois soutiennent le même agenda d’un monde économique géré par le FMI :

La crise économique mondiale montre les «vulnérabilités inhérentes et les risques systémiques du système monétaire international actuel», a déclaré le gouverneur Zhou Xiaochuan dans un essai publié lundi par la banque. Il a recommandé la création d’une monnaie constituée d’un panier de devises mondiales et contrôlée par le Fond monétaire international et il a déclaré qu’il aiderait «à atteindre l’objectif de sauvegarde de la stabilité économique et financière mondiale.»

Il est assez intéressant de voir comment les désirs des BRICS semblent coïncider directement avec les conceptions des banquiers internationaux. Cette dialectique hégélienne est peut-être la distraction du public la plus élaborée de tous les temps, avec une solution ultime au problème conçue artificiellement, un système économique mondial et de gouvernement du monde multilatéral mais centralisé, à savoir le Nouvel Ordre Mondial.

Encore une fois, les mondialistes de la BRI et du FMI exigent un dollar américain affaibli, une forte réduction du niveau de vie américain et une empreinte géopolitique beaucoup plus petite des États-Unis avant de pouvoir établir et finaliser une seule oligarchie mondiale élitiste publiquement acceptée.

Si vous ne pouvez pas comprendre pourquoi il semble que la Réserve fédérale et le gouvernement des États-Unis semblent vouloir mordicus leur auto-destruction, alors peut-être devriez vous considérer les faits et les motivations à portée de main. Ensuite, vous vous rendrez compte que c’est leur travail de détruire l’Amérique, pas de la sauver. Lorsque vous serez enfin prêt à accepter cette réalité, chaque évolution désastreuse depuis la création de la FED il y a un siècle, ainsi que tout ce qui est sur le point de se produire dans les prochaines années, prendra tout son sens.

Cela ne veut pas dire que la finalité ultime du Nouvel Ordre Mondial se traduira par une victoire. Mais les preuves concrètes, froides, tangibles montrent que les internationalistes ont un plan ; ils mettent en œuvre ce plan systématiquement ; et tous les gouvernements majeurs à travers le monde participent à ce plan. Ce plan implique l’effondrement inévitable et la réforme de l’Amérique en une enclave du Tiers-Monde, un objectif qui est presque achevé, comme je vais le décrire dans mon prochain article.

Lorsque que les États-Unis seront déstabilisés, nous n’échapperons pas à l’emprise de la Réserve fédérale, mais nous échangerons seulement un modèle de gestion totalitaire pour un autre. Il est absolument vital que le mouvement de la Liberté en particulier embrasse enfin pleinement cette réalité. Si nous ne le faisons pas, alors il n’y aura vraiment aucun obstacle à la réussite d’un tel plan et pas de fin à la tyrannie de l’ancien monde ou du nouveau monde.

Brandon Smith

Note du traducteur

Pour la partie de transfert du pouvoir, les analyses de Brandon se concrétisent et renforcent son point de vue, me semble-t-il. Pour le rôle de la Russie dans la promotion du NOM [Nouvel Ordre Mondial], c’est plus discutable car certes la Russie et la Chine renforcent le rôle du FMI qui est une place forte visible de ce NOM, mais cela se fait au détriment des USA et de leur armée qui reste un danger existentiel pour ces pays. Et il n’est pas exclu qu’ils changent de direction à un certain point.

Concernant l’ONU, c’est aussi ambigu car la promotion de l’ONU comme outil de dialogue n’engage à rien de bien concret. Il reste que l’ONU est bel et bien un vecteur du développement au sens ou l’entendent les corporations et les mondialistes en Guerre contre le modèle de civilisation Russe, la promotion des marchés, la privatisation du droit et de la guerre, qui font des ravages dans les pays les plus faibles.

La question reste ouverte sur une troisième voie des BRICS, collaborer à minima pour affaiblir l’adversaire sans se faire prendre dans un filet monétaire ou institutionnel.

Pour Brandon, il faut aussi comprendre qu’il est citoyen américain et que la fin de l’Amérique va secouer son environnement immédiat. Comme chacun, il voit aussi le monde au travers de ses lunettes. Et la situation de 100 millions d’Américains, un tiers de la population, exclus du système donnent un avant-goût de ce qui peut nous attendre.

Bienvenue chez nous, aliens !

Article original de Dmitry Orlov, publié le 30 Novembre 2015 sur le site Club Orlov
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

Cher Alien,

Nous sommes très heureux que vous ayez choisi de venir dans notre merveilleux pays. Nous sommes très honorés de vous recevoir parmi nous. Il n’y a que quelques formalités sans chichi, pour s’assurer que vous et mon pays sommes compatibles.

Vous êtes ici parce que nous croyons dans les droits humains ; et vous le devez aussi. Mais avec les droits humains viennent les responsabilités humaines. Afin de pouvoir rester ici, vous devrez devenir l’un d’entre nous, et pour ce faire vous devez être prêt et capable d’accepter ces responsabilités.

Nous avons une culture nationale riche et ancienne, que vous aurez à adopter sans réserve et vous devrez aussi nous aider à la développer et la protéger contre les mauvaises influences. Vous pouvez, bien sûr, garder les souvenirs de la culture nationale de votre pays d’origine, en particulier quand cela touche à la musique, la danse, les arts visuels, la cuisine et ainsi de suite, mais vous devez comprendre que si vous voulez vivre avec nous, c’est notre culture qui doit prévaloir. Par conséquent, vous aurez à abandonner tous les éléments de votre vieille culture qui sont incompatibles avec la nôtre. Si vous ne parvenez pas à le faire complètement, alors vous serez invité à partir.

Nous avons une langue nationale subtile et expressive, dont nous sommes très fiers. Peu d’entre nous sont des experts de son utilisation ; beaucoup font des erreurs en la parlant et en l’écrivant. Mais ceux d’entre nous qui sont nés ici, y ont un droit de naissance, même si nous faisons des erreurs. Rien de tel avec vous : votre présence ici sur le long terme est entièrement subordonnée à votre maîtrise de notre langue nationale. Bien sûr, nous allons vous offrir toute l’aide que nous pouvons pour l’apprendre et perfectionner vos compétences linguistiques, mais si vous ne parvenez pas à faire preuve de compétences orales et écrites dans un délai raisonnable, vous serez alors invité à partir.

Nous avons beaucoup de libertés, que nous chérissons par dessus tout. L’une d’elle est la liberté de religion : chacune et chacun d’entre nous est libre de choisir en quoi croire, ou s’il doit croire en quoi que ce soit. Nous sommes une société laïque, et les principes religieux ne doivent jamais pouvoir déterminer nos lois ou nos politiques. Il est très important que vous respectiez la liberté de religion, y compris la liberté de ne pas en avoir. Même les membres de votre propre famille doivent être libres de décider d’être néo-paganiste, pastafariste ou athée. Si vous refusez de leur accorder cette liberté, et que vous tentez d’utiliser la religion comme un facteur social de division ou de manière discriminatoire, alors vous serez invité à partir.

Une autre liberté très importante est l’absence de discrimination. Nos concitoyens jouissent des mêmes droits fondamentaux indépendamment de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de la couleur de leur peau, de leur origine ethnique, de leur âge ou de leurs capacités physiques et mentales. Si l’on découvre que vous discriminez des personnes, y compris les membres de votre propre famille, et que vous leur refusez leurs droits, alors vous serez invité à partir.

Nous bénéficions également de nombreuses libertés : nous sommes à peu près libres de faire et de dire ce que nous voulons, aussi longtemps que personne n’est blessé par nos actions. Si vous voulez devenir l’un d’entre nous, vous devez respecter ces libertés et cette indépendance et nous aider à les défendre. Nous sommes toujours en train de débattre des limites de ce qui est permis ; par exemple, à quel âge les jeunes femmes devraient être autorisées à prendre part à des concours de bikini, ou s’il est permis d’avoir des relations sexuelles sur la plage quand il fait sombre, et qu’il n’y a pas de mineurs présents, et que tout le monde est trop ivre pour y prêter attention de toute façon. Comme nouveau venu, vous aurez besoin d’abandonner les notions de ce qui était autorisé ou non dans votre pays d’origine, et travailler sur la compréhension et l’acceptation des nôtres. Si vous essayez de nous priver de nos libertés, ou de nous imposer vos idées, alors vous serez invité à partir.

Pour vous assurer qu’il n’y a pas de malentendus, s’il vous plaît, relisez ce texte soigneusement et posez toutes les questions spécifiques que cela soulève en vous, surtout sur la façon dont cela se rapporte à vos coutumes indigènes, votre culture ou votre religion. Nous ferons tous les efforts possible pour vous donner de bonnes réponses, aussi précises que possible. Et une fois que vous serez convaincu que vous avez bien compris ce qui vous est demandé, vous devrez décider de prêter le serment suivant.

Je jure solennellement :

  1. Qu’il est de mon désir le plus ardent de devenir l’un d’entre vous, d’obéir à vos lois, de suivre vos coutumes, d’assimiler votre culture et de maîtriser votre langue.
  2. Que je ferai tous les efforts possible pour devenir un précieux membre de votre société, respecté et accepté.
  3. Que je vais abandonner les éléments de ma culture ou de ma religion qui sont incompatibles avec les droits et les libertés que vous aimez.
  4. Que je fais ce serment par ma propre volonté et de bonne foi.
  5. Que je comprends que je serai expulsé si je romps ce serment.

Si vous décidez de ne pas prêter ce serment, vous serez invité à partir.

Dmitry Orlov

Le Yuan accède au status de réserve mondiale: "Le système Dollar doit disparaître en contrepartie"

Article original de Mac Slavo, publié le 30 Novembre 2015 sur le site SHTFplan.com
Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

  Yuan vs. Dollar

Les nouvelles d’aujourd’hui sont un jalon historique. Les jours du dollar sont comptés, et le nouvel ordre économique mondial se met doucement en place.

Comme de nombreux initiés l’avaient prévu, la Chine a officiellement obtenu son statut parmi les monnaies de réserve du monde, en prenant place aux côtés du dollar, de l’euro, de la livre et du yen.

Le FMI a décidé d’officialiser ce changement à la suite des avancées financières et monétaires sur lesquelles les dirigeants chinois ont travaillé ces dernières années. Les implications sont profondes.
Via Reuters :

Lundi, le Fonds monétaire international, comme prévu, a admis le yuan chinois dans son panier de devises de référence, il s’agit d’une victoire suite à la campagne de Pékin pour sa reconnaissance en tant que puissance économique mondiale.
La décision du Conseil d’administration du FMI d’ajouter le yuan, également connu sous le nom de renminbi, au panier des droits de tirage spéciaux (DTS) aux côtés du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen, est une étape importante dans l’intégration de la Chine au système financier mondial et un clin d’œil aux progrès qu’elle a accompli dans ses réformes.

La Chef du FMI, Christine Lagarde, qui, avec des experts internes, a déjà soutenu le mouvement, a clairement indiqué qu’elle ne croyait pas que Pékin devait s’arrêter là.

«L’inclusion du yuan est un geste largement symbolique, avec quelques implications immédiates pour les marchés financiers. Mais c’est la première fois qu’une monnaie supplémentaire a été ajoutée au panier des DTS et le plus grand changement dans sa composition en 35 ans.»

En outre, Christine Lagarde s’est exprimée sur la nouvelle référence de la monnaie mondiale, notant qu’il y aura inévitablement une réorganisation pour les personnes touchées par ce changement – rien moins que le peuple américain qui pourrait voir une baisse significative de son niveau de vie après l’ère de suprématie économique que les États-Unis ont connue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Si l’Amérique subit le pire des scénarios, l’effondrement du dollar sera le plus dévastateur de l’histoire, et les résultats pourraient être encore pires que ceux dont a souffert l’Allemagne pendant l’ère de la République de Weimar (1918-1933).

Le renminbi chinois pèsera environ 10% dans le panier de devises, avec des ajustements de la valeur de l’euro, de la livre et du yen pour lui laisser la place. Bien que le poids du dollar, qui détient 41,9% de la valeur des réserves mondiales dans les Droits de tirage spéciaux (DTS), ne changera pas avec l’inclusion du renminbi, le défi symbolique à la suprématie du dollar est assez évident.

Modifié en 2010, le panier est actuellement de 41,9% pour le dollar, de 37,4% pour l’euro, de 11,3% pour la livre sterling et de 9,4% pour le yen. Le yuan CNY (chinois) et CNH (Hong-Kong) ne s’y joindra pas avant octobre 2016, laissant aux gestionnaires de réserves du temps pour se préparer. (Source)

Selon le New York Times :

La décision du FMI contribuera à ouvrir la voie à une plus large utilisation du renminbi dans le commerce et la finance, sécurisant la position de la Chine comme puissance économique mondiale. Mais elle introduit aussi de nouvelles incertitudes dans l’économie chinoise et le système financier, alors que le pays a été contraint de lever de nombreux contrôles sur les capitaux pour répondre aux exigences du FMI.

Les changements pourraient injecter de la volatilité dans l’économie chinoise, car de grands flux d’argent entreront ou sortiront sur la base de ses perspectives. Cela pourrait rendre difficile pour la Chine le maintien de ses records de croissance forte et régulière, en particulier à un moment où son économie ralentit déjà.

Les dirigeants chinois ont fait une priorité de rejoindre ce groupe de devises … Le nouveau statut du renminbi «permettra d’améliorer le système monétaire international et de préserver la stabilité financière mondiale», a déclaré à la mi-novembre le président Xi Jinping de Chine.

Bien que le narratif officiel ait rapidement suggéré que la Chine pourrait en fait subir de nouvelles pressions sur son économie déjà en difficulté, l’importance du mouvement n’est pas le court terme, mais le changement de sens de la marée.

La mort du dollar et de son règne mondial ont été planifiés. C’est la fin pour le monopole des ventes mondiales en pétrodollars américains, un paradigme qui a soutenu une économie qui a, en réalité, été vidée par en-dessous. Maintenant, le mince revêtement de lustre et de décadence est vulnérable à l’éclatement, déclenchant un flux que la Réserve fédérale ne sera pas en mesure d’arrêter en tentant de boucher les fissures avec l’argent de la planche à billets.

Cela a été depuis longtemps évoqué, la fin du dollar sera beaucoup plus que symbolique une fois que la transition complète aura eu lieu. Le dollar a soutenu un empire de plus en plus corrompu. Et sa chute, comme celle des dinosaures ou des Soviétiques, l’écrasera sous son propre poids avec un bruit épouvantable.

Le peuple américain est en passe de finir complètement ruiné ; une masse considérable d’individus pourrait tomber dans le dénuement, et la police, dans un état lamentable, aurait à maintenir l’ordre de cette triste nouvelle normalité.

USA Watchdog a indiqué récemment :

«V», explique, «Nous atteignons le moment de l’effondrement. Au point de chute, cela va être un choc systémique massif. Pourquoi ? Parce que vous avez un modèle et son système qui s’écroulent : le dollar. Il va être remplacé par un nouveau système.

Pendant cette période de transition, vous ne pouvez pas vous attendre à négocier quoi que ce soit parce que ce que vous n’aurez pas de monnaie pour ça. Voilà pourquoi les Chinois se préparent à mettre en place leur propre solution basée sur l’or. Une fois que ce point d’effondrement sera atteint et que le monde vacillera sous ce choc systémique, le système de prix chinois basé sur l’or et le système des BRICS sera là pour combler ce vide. Voilà ce qui est mis en place en ce moment.»

Tess Pennington a évoqué ces moments difficiles à venir, dans son livre blanc sur les Preppers notant que cela ne prendra pas beaucoup de temps pour faire crouler la société et tout comme en Grèce, si la bulle de la dette éclate, il y aura un impact direct et immédiat sur le fonctionnement normal du commerce :

Collectivement parlant, la plupart des Américains tiennent pour acquis le système en place qui leur délivre des fournitures essentielles. «Le Système», une infrastructure sous-jacente qui maintient les flux de biens, de services et le commerce en Amérique, crée un sentiment de normalité et d’ordre. La nourriture, l’eau, l’essence et les médicaments sont quelques-uns des articles renouvelés chaque semaine pour que notre société dépendante de ce flux constant, se maintienne. Ce que beaucoup ne parviennent pas à saisir, c’est la fragilité du système et à quelle vitesse il peut s’effondrer. […]

Le rapport poursuit en expliquant que la peur et la panique des consommateurs va exacerber les pénuries. Les nouvelles d’un arrêt des transports, au niveau local, régional ou national, stimulera la thésaurisation et l’ augmentation drastique du prix des biens essentiels. Les pénuries se concrétiseront rapidement et pourraient conduire à des troubles civils.

Source :  lorsque les camions vont arrêter de livrer le système va s’effondrer

Mac Slavo

En savoir plus

Note du traducteur

Ne vous y trompez pas, cette petite nouvelle est une bombe, attendue par tous les spécialistes certes mais aux multiples développements à venir et l\’autre nouvelle, sa copine : «la Fed va monter ses taux en décembre» va peut-être suivre. Il s\’agit de la fin programmée du système dollar et vu les fragilités actuelles au niveau des dettes souveraines et des tensions géopolitiques, il serait étonnant que cela se passe dans le calme.

    Le Leviathan

    Article original de James Howard Kunstler, publié le 09 Novembre 2015 sur le site kunstler.com
    Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr

    L’image de la situation économique fabriquée par la transe du consensus national n’a jamais été autant hors de tout contact avec la réalité de ma vie. Aussi les questions que tout le monde devrait se poser, deviennent difficile à aborder. Comment puis-je protéger mes économies ? Pour qui dois-je voter ? Comment puis-je penser l’avenir de mon pays ? L’incohérence règne, en particulier dans les cercles dirigés par ceux qui protègent le statu quo, ce qui comprend les médias officiels qui ont échoué.

    Youpi ! Ce maudit Kraken bat en retraite ! HOURRA !


    La Réserve fédérale s’est transformée en une institution sans visage agissant dans l’ombre pour les objectif plus que limités d’une claque de nécromanciens et d’astrologues, dirigée par un grand vizir, bien en vue du public, semblant guider un bateau économique gigantesque qui a, en fait, perdu son gouvernail et se trouve à la dérive dans un gigantesque tourbillon.

    Depuis plus d’un an, le sort de la nation est accroché à la décision de la Fed de relever ou non ses taux d’intérêt de référence d’un quart de point. Ils en parlent sans cesse, et la foule des observateurs des marchés financiers doit donc sans cesse aborder ce sujet et ce bavardage sert lui-même à éviter la nécessité d’une action réelle sur cette question. La Fed arrive à influencer les marchés sans jamais avoir à faire quoi que ce soit. Et surtout elle a travaillé pour produire le mythe d’une économie avancée qui fonctionne magnifiquement bien à l’avantage du bien commun.

    Cela survient dans le contexte d’un réseau mondial plus large de relations économiques qui est très clairement en train de se briser tout seul. Les tensions croissantes entre les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Union européenne ont grandi parallèlement aux bêtises monétaires innovantes de notre banque centrale, en particulier les manigances autour de la monétisation de la dette, qui ont créé des distorsions dangereuses sur les marchés, dans le commerce et dans la perception de l’intérêt national. Les nations sortent les sabres du fourreau et fanfaronnent les unes en face des autres. Le monde est en faillite après trente ans de traites tirées sur l’avenir pour financer les fêtes du pr

    Mais elles peuvent fournir les conditions pour déguiser cela, en particulier par le jeu statistique de miroirs qui il-était-une-fois produisaient des signaux sensés concernant la circulation des capitaux.

    Au lieu de choix et de décisions fondés sur la réalité, la tâche à accomplir par les personnes en charge a été d’élaborer un faux-front économique à la Potemkine de plus en plus baroque, derrière lequel se trouve un paysage de ruine balayé par des racketteurs désespérés. Que ce racket ait évolué de manière si transparente dans l’enceinte autrefois sacrée des médicaments et même au delà, doit nous informer sur le désespoir et le danger de la situation.

    Le dernier opus du jeu de la désinformation concernait le communiqué de presse sur l’emploi de vendredi publié par l’US Bureau of Labor Statistics. C’était un blockbuster, ce qui implique un ciel bleu partout, de Montauk à Malibu. Sauf que personne ayant gardé une parcelle minimale de faculté critique ne peut y croire. 80% des nouveaux emplois ont été attribués au mythique modèle naissance-mort 1, un fantasme pseudo-scientifique d’hypothétiques nouvelles mises en chantier d’affaires associées à de nouvelles hypothétiques  embauches.
     
    Démographiquement, la plupart des nouveaux emplois sont allés à la cohorte des plus de 55 ans, ensacheurs d’épicerie et agents d’accueil chez Walmart – beaucoup moins pour les hommes de 25 à 54 (cette tranche a sensiblement perdu des emplois). Le taux de chômage officiel est tombé à 5%, sans discussion sérieuse sur le grand nombre de gens découragés qui ont abandonné la population active.

    Mais la perception d’une économie qui tourne à plein régime a envoyé les indices boursiers vers le ciel. Le Dow Jones, le S&P et le Nasdaq sont les seuls signaux que les médias officiels regardent avec attention et les politicards prennent leurs repères sur eux, dans une boucle de rétroaction de fausses informations qui engendre une psychologie positive plus délirante sur ces mêmes marchés. Je soupçonne que le sentiment qui règne maintenant est bien capable de passer au travers de la saison des fêtes sans accident financier.

    Mais cette Fed se trouve maintenant dans un piège de sa propre fabrication. Ayant interminablement jappé à propos de la hausse des taux d’intérêt, la banque centrale devra la mettre en place ou se taire en décembre. Seuls les chiffres définitifs de l’emploi annuel du BLS  pourraient jeter un froid, si les chiffres ne semblent pas si phosphorescents. Je pense que la vérité est que cette économie bidon de la foutaise ne peut pas résister même à un maigre quart de point d’augmentation des taux d’intérêt de référence. Pour une seule raison, cela ferait exploser les modèles d’exploitation de Fannie Mae et Freddie Mac, les acheteurs de prêts immobiliers qui gardent en vie l’industrie de la construction, ainsi que le racket en parallèle dans les prêts automobiles et étudiants titrisés.

    Imaginez tous les paris sur les dérivés (CDS) [paris sur le non remboursement des prêts, NdT] qu’il faudrait honorer. En réalité, la Fed sait qu’elle aura à bourrer à la pelle plus d’argent ZIRP [à intérêt zéro, NdT] dans la gueule d’un Léviathan financier mourant, saturé de dettes. Elle peut le faire, bien sûr, et probablement elle le fera au cours de l’hiver 2016, mais le moment venu, elle n’aura absolument plus aucune crédibilité en réserve. Et le Léviathan sera un peu plus près d’être rejeté mort sur la plage.

    James Howard Kunstler est l’auteur de nombreux livres, y compris (non fiction) «The Geography of Nowhere», «The City in Mind: Notes on the Urban Condition», «Home from Nowhere», «The Long Emergency», «Too Much Magic: Wishful Thinking, Technology» et «The Fate of the Nation». Ses romans incluent «World Made By Hand», «The Witch of Hebron», «Maggie Darling — A Modern Romance», «The Halloween Ball», «Embarrassment of Riches», et bien d’autres. Il a publié trois romans avec Water Street Press: Water Street Press: «Manhattan Gothic», «A Christmas Orphan» et «The Flight of Mehetabel»

    Les fils de l’intrigue néo-capitaliste se dissolvent, l’épilogue approche

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    Article original de James Howard Kunstler, publié le 30 Novembre 2015 sur le site kunstler.com 
    Traduit par le blog http://versouvaton.blogspot.fr
      
    Parfois, les sociétés deviennent tout simplement folles. Japon, 1931. Allemagne, 1933. Chine, 1966. Espagne, 1483. France, 1793. Russie, 1917. Cambodge, 1975. Iran, 1979. Rwanda, 1994. Congo, 1996, pour n’en citer que quelques-unes. Par folie, je veux dire un moment où n’importe quoi peut se produire, en particulier le meurtre de masse. Les États-Unis sont sortis de la route en 1861, et bien que le massacre organisé ait développé une série de mythologies historiques romantiques, surtout après que Ken Burns l’a converti en une émission de télévision, le monde civilisé, à ce moment-là, n’avait presque jamais vu une telle orgie épique de fornication avec la mort.



    Je doute que je sois le seul à me soucier du fait que l’Amérique d’aujourd’hui soit en train de perdre son esprit collectif. Nos relations officielles avec les autres pays semblent parfaitement conçues pour provoquer le chaos. Les universités ont sombré dans des puits toxiques sans fond, au delà même de l’anti-intellectualisme, vers le royaume de l’hallucination. Des hommes armés déments fauchent de parfaits inconnus chaque semaine dans ce qui ressemble à une concurrence croissante pour mettre fin à leurs vies misérables avec le score le plus élevé de victimes. Les ingénieurs financiers ont fait tout leur possible pour pervertir et saper les activités de marchés. Les partis politiques se suicident par désintérêt et corruption.

    Il n’y a pas de narrative pour expliquer notre comportement envers la Russie qui ait un sens. Notre campagne pour déstabiliser l’Ukraine a bien fonctionné, non ? Et puis nous avons été surpris quand la Russie a reconquis le territoire traditionnellement russe de la Crimée, avec ses ports stratégiques en eau chaude. Qui aurait pensé cela ? Ensuite, nous avons essayé de les contrarier avec des sanctions économiques. Le résultat concret est que Vladimir Poutine a fini par sembler plus rationnel et plus sain que tous les dirigeants (?) de la coalition de l’Otan.

    Dernièrement, la Russie a rempli le vide de leadership compétent en Syrie, nettoyant les dégâts que l’Amérique a causés avec ses deux décennies de croisade, en laissant une succession de gouvernements brisés partout dans la région. Il y a quelques semaines, M. Poutine a fait le constat, devant l’Assemblée générale de l’ONU, que la démolition systématique de toutes les nations faibles environnantes n’était probablement pas une recette pour la paix mondiale. Le président Obama n’a jamais proposé un moyen cohérent de réparer tout ça. Il est un peu effrayant de réaliser que notre adversaire ancestral soit la seule figure sur la scène mondiale qui puisse venir avec une histoire crédible sur ce qui devrait se passer là. Et sa retenue cette semaine, suite à l’attaque sur un bombardier russe, abattu par des idiots en Turquie avec l’assistance des USA, est vraiment remarquable. Tout cela ressemble à une action irresponsable provoquée par notre camp en vue de la troisième guerre mondiale, et pour quoi ? Pour rendre le monde plus sûr pour les Kardashian ?

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    Le tapage sur les campus, avant Thanksgiving, est plus un reflet de la lâcheté incroyable des directeurs de collèges que de la folie de jeunes esprits qui, n’étant pas entièrement formés, sont facilement sensibles à des fictions idéalistes. Les adultes en charge devraient mieux le savoir. Le président de l’université de Princeton, Christopher Eisgruber, a effectivement instrumentalisé la demande d’une ligue noire de justice sociale d’effacer la présence de Woodrow Wilson sur le campus, au motif que sa mémoire témoigne d’un archi-ségrégationnisme, en exigeant en même temps un espace social distinct (c’est-à-dire ségrégation) seulement pour les noirs. Comment a-t-il pu concilier ces deux réclamations dans son propre esprit, je me le demande ?

    Le président Biddy Martin d’Amherst a flatté les étudiants qui protestaient contre la liberté de parole, en disant :

    «Au cours de ces derniers jours, un grand nombre d’étudiants ont parlé avec éloquence et de façon émouvante de leurs expériences du racisme et des préjugés sur et hors du campus. La profondeur et l’intensité de leur douleur et leur épuisement sont évidents. Cette douleur est réelle. L’expression de leur solitude et de leur sentiment d’invisibilité est déchirant. Aucune tentative pour minimiser ou banaliser ces sentiments ne sera convaincante pour ceux d’entre nous qui les ont écoutés. Il est bon que nos étudiants aient saisi cette occasion de parler, plutôt que d’intérioriser leur isolement et le manque de soins qu’ils ont décrits.»

    Résultat final : le préjudice moral annule prétendument la liberté d’expression. Non, c’est exactement à l’opposé de la signification du Premier Amendement. Comment un président d’université peut-il ne pas comprendre cela et ne pas défendre le campus contre ce genre de despotisme jacobin ? La réponse est qu’ils sont les otages de dogmes mijotés par des carriéristes autour de la notion de race et d’identité, qui ne se soucient pas vraiment de faire des distinctions entre ce qui est vrai et ce qui est faux – et c’est ce qui est maintenant le ton officiel de l’enseignement supérieur en Amérique. C’est un raccourci pour ne plus connaître la différence entre ce qui est réel de ce qui est irréel.

    Le phénomène des hommes armés isolés, déments tuant des étrangers et des innocents va se transformer en insurrection civile, d’autant plus que les principaux partis politiques se délitent et les que factions décomplexées parlent de régler leurs vieux comptes par tous les moyens possibles. L’Histoire enseigne que la violence est contagieuse et que les inhibitions sociales s’effacent lorsque les conditions sont réunies. Les groupes se donnent la permission d’agir en dehors des limites d’un comportement normal, et tout d’un coup, les atrocités viennent à l’ordre du jour.

    Les deux, Trump et Hillary, ont la recette pour détruire leurs partis respectifs et je pense que la probabilité est forte qu’ils le feront. Malheureusement, nous ne vivons pas dans un régime parlementaire qui reconnaît les factions plus petites comme des partis légitimes, de sorte que nous sommes sûrs de vivre une ère de désordre politique. Ce qui en ressort pourrait être un régime politique très sévère, car il sera fondé sur le désir de rétablir l’ordre à tout prix.
    Il est probable que la poussée initiale, dont cette situation a besoin [pour s’effondrer], viendra avec l’implosion du système financier, qui est maintenant en cours sur les ruines du crédit agonisant. Le faux capitalisme règne, fondé sur de faux capitaux, sur une richesse nationale fantasmée et sur des valeurs depuis longtemps disparues. Des moments comme cela dans l’Histoire ont ouvert le chemin directement vers l’effondrement de la monnaie, et cela va ouvrir la porte à un  effondrement beaucoup plus grand de tous nos arrangements familiers.

    Il y a sûrement une sorte d’organe sensoriel massif, invisible dans les sociétés, qui reçoit le signal que tous les systèmes sont en crise. Et encore plus sûrement, cela angoisse les individus de ces sociétés à un point tel qu’ils seront prêts à croire et à faire n’importe quoi.

    James Howard Kunstler

    James Howard Kunstler est l’auteur de nombreux livres, y compris (non-fiction) The Geography of Nowhere, The City in Mind: Notes on the Urban Condition, Home from Nowhere, The Long Emergency, Too Much Magic: Wishful Thinking, Technology et The Fate of the Nation. Ses romans incluent World Made By Hand, The Witch of Hebron, Maggie Darling — A Modern Romance, The Halloween Ball, Embarrassment of Riches, et bien d’autres. Il a publié trois romans avec Water Street Press: Water Street Press: Manhattan Gothic, A Christmas Orphan et The Flight of Mehetabel.